Quand les matériaux minéraux réinventent nos trajets quotidiens

Laisser la voiture au garage pour aller au travail à vélo, faire ses courses à pied ou encore accompagner les enfants à l’école en trottinette… Pour certains, ces petits gestes décarbonés du quotidien sont devenus des habitudes. Résultat : nos villes se transforment pour s’adapter à ces nouveaux usages… et inciter les plus réticents à s’y mettre avec des aménagements confortables, sécurisés et durables. Derrière une belle piste cyclable ou un trottoir agréable à parcourir, il y a souvent un élément qu’on ne remarque pas : le sol… et les matériaux qui le constituent !

Bétons, pierres naturelles ou granulats recyclés : ces matériaux minéraux sont les alliés discrets mais indispensables des nouvelles mobilités. Derrière chaque rue rénovée, nouvelle ligne de tramway ou piste cyclable, il y a aussi des savoir-faire, des idées et beaucoup de matériaux.

En route pour découvrir et comprendre tout ce qu’il se passe juste sous vos pieds, vos 2 roues et autres modes de transport doux !

Mobilités actives : quand la ville change de rythme

« Routes larges, places de stationnement, carrefours dimensionnés pour le trafic automobile… Depuis les années 70, l’espace a été pensé pour la voiture. Aujourd’hui, on réalloue ces espaces à d’autres usages, plus durables », analyse Olivier Balaguier-Mussat, chef de projet mobilité chez Citec, Bureau d’Etudes en ingénierie mobilité. En effet aujourd’hui, un changement de cap s’opère : de plus en plus de citadins choisissent de se déplacer à pied, à vélo, ou à trottinette. Ces modes de déplacement doux et durables, regroupés sous le terme de « mobilités actives », modifient profondément l’organisation de nos villes et quartiers.

Pour accompagner cette transformation, la France s’est fixée des objectifs ambitieux : 80 000 km d’aménagements cyclables sécurisés d’ici 2027 et 100 000 km en 2030. Cela se traduit par de grands chantiers et des projets concrets à travers tout le pays. Pour exemple, les 250 km de Voies Lyonnaises pour encourager les déplacements à vélo dans l’agglomération, ou les Chronovélos à Grenoble, ces 40 km de pistes cyclables sécurisées pour relier les quartiers périphériques au centre-ville, facilitant les trajets domicile-travail et réduisant ainsi l’usage de la voiture. « Plus on réserve de l’espace à ces modes de transport, plus les habitants les adoptent », explique Olivier Balaguier-Mussat. Encore faut-il qu’elles soient claires, sûres et agréables à parcourir pour que chacun ait envie de les emprunter. C’est là que la filière des matériaux de construction entre en action !

Des matériaux qui parlent aux usagers…

 

Réserver davantage d’espaces aux mobilités actives implique que ces espaces soient immédiatement identifiables et compréhensibles par tous les usagers. Un cycliste doit savoir instantanément où rouler, un piéton sentir que son espace est protégé et les automobilistes pouvoir anticiper les interactions. La lisibilité devient alors un critère essentiel pour la sécurité et le confort. Traditionnellement, les villes s’appuyaient sur des marquages peints ou thermocollés pour différencier les espaces. Ces solutions s’effacent avec le temps et deviennent glissantes sous la pluie, limitant ainsi leur efficacité.

Désormais, comme à Lyon, « l’enrobé orangé sable des Voies Lyonnaises assure à lui seul l’identification des pistes cyclables, de quoi rassurer les usagers dans leurs trajets quotidiens », illustre Olivier Balaguier-Mussat. Mais au-delà de la couleur, c’est l’ensemble de l’aménagement qui doit être crédible. « Pour apaiser un linéaire, il ne suffit pas de poser des panneaux ou une signalisation. Sinon personne n’y croit. Il faut repenser l’espace de façade à façade, enlever l’asphalte et reprendre le revêtement intégralement », souligne Olivier Balaguier-Mussat. Ce travail complet transforme le décor de nos villes, certes, mais chaque trajet devient ainsi plus sûr, plus lisible et plus agréable. Les granulats ou le béton utilisés pour les revêtements s’inscrivent durablement dans ce renouvellement de l’espace urbain. Où la couleur devient à la fois un outil fonctionnel… et parfois esthétique.

 

… et au cœur de la ville

 

La couleur et les matériaux utilisés dans les aménagements urbains jouent aussi un rôle essentiel pour renforcer l’identité des villes. « Nous pouvons développer des teintes proches des pierres locales pour s’intégrer dans le patrimoine, comme à Metz avec la pierre de Jaumont » explique Hervé Quantin, animateur produits spéciaux de la région Est pour Eqiom. En effet, à Metz, les teintes des pistes reprennent celles de la pierre locale de Jaumont, permettant aux aménagements de s’intégrer harmonieusement au patrimoine architectural, tout en indiquant clairement les zones dédiées aux mobilités actives. À Saint-Malo, l’usage de granulats recyclés et de pierres locales a permis de préserver l’identité d’un site emblématique, le Sillon, tout en ouvrant l’espace aux mobilités actives. Ainsi, la piste cyclable a été conçue en béton gris, le reste de la chaussée, avec un enrobé classique. Autour du tramway de Tours, c’est ici l’intégration de pierres naturelles et d’aménagements haut de gamme qui ont permis d’allier esthétique et confort pour les piétons et les cyclistes.

On l’aura compris, à travers la pierre et le choix des matériaux, la couleur devient un véritable langage urbain : elle signale les usages, structure l’espace public et reflète l’âme du territoire. « On peut jouer avec les pigments pour obtenir des teintes variées, du beige au rouge, et s’adapter au contexte. C’est une manière d’apporter une plus-value esthétique tout en garantissant le confort », explique Hervé Quantin.

 

Revêtements drainants : la magie des sols urbains

 

Après la couleur et le choix des matériaux pour structurer l’espace, signaler les usages et renforcer l’identité des villes, un autre enjeu crucial se joue sous nos pieds : la perméabilité des sols de nos villes. Alors que les épisodes de fortes pluies se multiplient et alternent avec des périodes de sécheresse, des surfaces imperméables peuvent transformer nos rues en pièges pour l’eau et accentuer les effets de chaleur. Il ne suffit plus que les aménagements soient visibles et esthétiques : ils doivent aussi protéger les habitants et assurer un confort d’usage toute l’année.

« Le matériau utilisé est très important pour assurer le confort de l’aménagement. En fonction du revêtement choisi, on ne va pas avoir le même confort de circulation en cas de pluie » précise Olivier Balaguier-Mussat. C’est ici que les revêtements drainants jouent leur rôle, pour offrir à la fois robustesse et perméabilité. Ils permettent à l’eau de s’infiltrer là où elle tombe. « Si une piste longe un cours d’eau, mieux vaut jouer sur la pente pour évacuer l’eau » rappelle tout de même Hervé Quantin. À Molsheim, en Alsace, Eqiom a également conçu des pistes cyclables en béton micro-désactivé. Plus fin, constitué de très petits granulats, sa porosité facilite l’évacuation de l’eau, tout en assurant confort et adhérence pour les cyclistes et piétons.

Associés à des teintes claires, ces revêtements contribuent également à limiter les îlots de chaleur urbains.  Quand ils sont judicieusement choisis et travaillés, les matériaux minéraux restent donc des alliés à la fois fonctionnels et environnementaux de ces nouvelles mobilités.

Pensés pour durer

 

Un autre critère clé pour les collectivités dans le choix des matériaux est la durabilité. Les aménagements dédiés aux mobilités actives doivent résister à un usage intensif, aux variations climatiques et aux contraintes mécaniques quotidiennes. Chaque dalle, chaque revêtement doit être pensé pour durer et limiter les interventions d’entretien. Pour Hervé Quantin, le simple dimensionnement des dalles en béton permet déjà de répondre à ces contraintes : « 12 cm pour les piétons, 15 cm pour les véhicules légers et 20 cm pour les poids lourds. »

Mais la robustesse ne fait pas tout : il faut aussi protéger la surface pour conserver sa performance et son aspect dans le temps. Le béton désactivé est par exemple un type de revêtement très utilisé pour les pistes cyclables, trottoirs et espaces piétons. Sa particularité ? Sa surface est rugueuse et antidérapante, les granulats qui le composent restant visibles. Résultat : un sol sûr, agréable à parcourir même sous la pluie, surtout lorsqu’il est protégé par des traitements spéciaux qui limitent la formation de mousses et réduisent le temps de nettoyage.

 

 

Quoi de neuf : recyclabilité et luminescence

Parmi les innovations qui accompagnent cette transition vers des villes plus accueillantes pour les mobilités actives, certains matériaux se démarquent par leur performance environnementale et leur confort d’usage. C’est le cas des nouveaux bétons désactivés comme ceux développés par l’entreprise Colas. Clair et perméable, ce type de revêtement utilise un liant organo-minéral fabriqué à froid, ce qui permet de réduire son empreinte carbone d’environ 50 % par rapport à un béton désactivé classique. Recyclable à 100 %, sans composants organiques volatiles, agréable et sans danger pour la santé des usagers, il limite le ruissellement grâce à une perméabilité extrême et contribue à atténuer les îlots de chaleur grâce à ses teintes claires. Installé sur des voies vertes ou dans des zones naturelles protégées, il combine sécurité, confort et intégration paysagère, prouvant que performance technique et respect de l’environnement peuvent aller de pair. On retrouve ainsi ce super béton désactivé dans des projets variés : une voie verte à Pau, des cheminements doux sur le campus de la Doua à Lyon ou encore autour d’une école à Nancy.

Autre piste explorée : les granulats luminescents, qui restituent la lumière accumulée durant la journée et dessinent un tracé visible la nuit, sans éclairage artificiel. « C’est magnifique une piste luminescente, on voit le tracé de loin. Mais cela reste adapté uniquement à des zones non-éclairées et peu fréquentées », nuance Hervé Quantin. Ces innovations montrent à quel point la filière des matériaux minéraux s’adapte aux besoins des nouvelles mobilités, en associant sécurité, confort et durabilité, tout en ouvrant la voie à des aménagements esthétiques et respectueux de l’environnement.

 

Des matériaux locaux pour des mobilités durables

Le choix des matériaux se fait en fonction de la technique et de l’esthétique mais aussi par le critère de proximité. « Il y a un véritable enjeu à développer des solutions locales pour les matériaux, surtout dans les zones où il y a des projets d’aménagement en grande quantité. Cela permet de réduire l’empreinte carbone et de garantir une meilleure intégration dans le paysage, tout en soutenant l’économie locale » rappelle Olivier Balaguier-Mussat. Pour la production de granulats ou de béton, les infrastructures, carrières ou encore centrales à béton, sont en effet au plus près du chantier. Cette logique a un double intérêt : elle limite les coûts de transport et les émissions de gaz à effet de serre, et valorise les carrières et centrales à béton locales, tout en renforçant la durabilité et l’identité des aménagements.

Le recyclage complète cette approche responsable. Les bétons concassés ou granulats issus de chantiers de déconstruction trouvent une seconde vie. À Saint-Rémy, près de Metz, Eqiom intègre ainsi des granulats recyclés directement dans ses bétons. Chez Colas, la gamme de nouveaux bétons désactivés mélange également des matériaux recyclés pour créer des revêtements performants et confortables pour piétons et cyclistes. Cette démarche locale et circulaire illustre parfaitement comment la filière minérale contribue à la transition écologique urbaine.

Couleurs, textures, perméabilité, matériaux locaux et/ou recyclés : chaque choix participe à rendre les mobilités actives plus sûres, agréables et durables. Demain, nos rues, pistes cyclables et trottoirs continueront à évoluer grâce au savoir-faire de toute une filière engagée, offrant aux citadins un environnement à la fois fonctionnel et respectueux de la planète.