L’UNICEM a publié en octobre 2008 les résultats d’une vaste étude sur la biodiversité dans les carrières de roches massives. Ce travail fait suite à l’étude lancée en 1995 sur le patrimoine écologique des zones humides issues de l’exploitation des carrières de roches meubles.
Ces travaux de recherche menés par l’industrie des carrières avec la communauté scientifique (CNRS, Muséum National d’Histoire Naturelle, universités, cabinets d’experts indépendants…) ont consisté à dresser des inventaires des espèces animales et végétales rencontrées, ainsi que des écosystèmes créés.
Les carrières de roches massives sont propices aux espèces pionnières
Des inventaires écologiques ont été menés sur 35 carrières de roches massives (dont la moitié en activité) dans le cadre d’une étude lancée en 2000 à l’initiative de l’UNICEM et de l’UNPG (Union Nationale des Producteurs de Granulats), en partenariat avec le SFIC (Syndicat Français de l’Industrie Cimentière) et le syndicat de la chaux.
Cette étude a été réalisée par le cabinet ENCEM** sous la direction d’un comité scientifique incluant le Muséum National d’Histoire Naturelle.
En voici les principaux résultats :
La faune 3
• 62 espèces animales recensées, dont 164 à forte valeur patrimoniale
• 121 espèces d’oiseaux, soit 45 % des oiseaux présents en France
• 19 espèces de reptiles, soit 51 % de ces espèces présentes en France
• 16 espèces d’amphibiens, soit 50 % de ces espèces présentes en France
• 81 espèces de sauterelles et criquets, soit 41 % de ces espèces présentes en France
La flore
• 1092 espèces ont été recensées, dont 96 à forte valeur patrimoniale
Pour les groupes biologiques recensés, cette étude met en évidence que les carrières inventoriées abritent de 35 à 55 % des espèces animales présentes sur le territoire national.
Cette grande diversité biologique s’accompagne d’une richesse patrimoniale importante. En effet, les écologues ont répertorié en moyenne, dans chaque carrière, 13,5 espèces (végétales et animales) à forte valeur patrimoniale. Ces résultats placent ces sites à un niveau équivalent à celui d’une ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique) de type 1 (secteurs de très grande richesse patrimoniale).
Comment expliquer que des milieux d’apparence souvent « aride » renferment une telle richesse biologique ?
Les fronts de taille, carreaux, bassins et remblais qui composent une carrière de roches massives sont colonisés par une faune et une flore pionnières, donc originales, qui trouvent là des conditions favorables à leur développement. En créant des habitats proches de ceux des milieux rocheux naturels, la carrière introduit une rupture dans le paysage agricole ou forestier qui l’entoure. Une rupture au niveau du sol avec la mise à nu du substrat minéral, mais aussi une rupture topographique, climatique et hydrique – avec des mares fréquentes sur les carreaux, et des plans d’eau de fosses notamment. Les écologues constatent aussi que la pression exercée par l’homme sur la faune et la flore des carrières est plus faible que dans les environs, ce qui contribue à faire de ces sites de relatives « zones de quiétude » pour la nature.
Les zones humides issues de carrières accueillent les oiseaux d’eau
L’UNICEM a lancé en 1995 une étude sur le patrimoine écologique des zones humides issues de l’exploitation des carrières. Dans le cadre de cette étude réalisée par le cabinet Écosphère, sous l’égide du Muséum National d’Histoire Naturelle et du CNRS, 17 sites de carrières en eau ont été inventoriés dans les 6 bassins hydrographiques du territoire national.
Ont été recensés :
• 132 espèces d’oiseaux nicheurs, soit 48 % des oiseaux nicheurs de France, dont 28 espèces nicheuses considérées comme rares, voire très rares,
• 17 espèces de reptiles, soit 45 % des espèces présentes en France, dont 5 espèces de reptiles menacées,
• 16 espèces d’amphibiens, soit 52 % des espèces présentes en France, dont 5 espèces d’amphibiens menacées,
• 52 espèces de libellules, soit 45 % des espèces françaises,
• 26 espèces végétales protégées.
Les zones humides étudiées abritent environ la moitié des espèces connues nationalement. 90 % des espèces d’oiseaux d’eau présentes en France fréquentent ces sites en hivernage ou en halte migratoire.
Dans les carrières alluvionnaires, l’extraction de matériaux et les travaux de réaménagement créent des étendues aquatiques et marécageuses. Ces milieux sont colonisés par une faune et une flore menacées par la disparition des zones humides « naturelles ». Ils sont particulièrement précieux pour les oiseaux d’eau qui peuvent y nicher et s’y nourrir, notamment en période migratoire. Ils sont également propices à la reproduction des amphibiens et à certaines espèces végétales rares.
Les témoignages des scientifiques
La compatibilité de l'activité de carrière avec la préservation de la biodiversité est reconnue par des scientifiques de renom.
Pour Jean-Claude Lefeuvre, professeur émérite au Muséum national d'histoire naturelle : « Il est possible d'exploiter des carrières en respectant l'environnement. Les systèmes artificiels ainsi créés peuvent même aider à compenser une partie des pertes de biodiversité que l'on observe en France ».
Le professeur Bernard Frochot, président du Comité scientifique régional du patrimoine naturel de Bourgogne, ajoute : « Outre les milieux créés par chaque carrière, le nombre et la proximité des sites d'extraction permettent d'atteindre des habitats de dimension favorable à l'installation de nombreuses espèces ».